Chroniques d'un Shinigami ordinaire, de quoi occuper votre confinement

Chronique

C’est l’histoire d’un mec qui voyait des pangolins devant son bahut. Non, je déconne. Il voit un tanuki. Mais quand même, ça claquerait davantage un pangolin, non ?

On sait que vous êtes confinés, privés de vos librairies préférées et du loisir de s’affaler au milieu des rayons mangas pour en feuilleter quelques-uns. Alors, on pense à tous ceux qui ont reçu ou se sont offerts à l’occasion d’un caprice, Noël ou un anniversaire, la liseuse numérique qui prend la poussière au fond d’un tiroir.

Imaginez-vous, là, sous la couette avec un paquet de biscuits (ou des chips si t’aimes pas les biscuits, mais je n’y crois pas trop. Qui n’aime pas les biscuits ?), peut-être avec un ost de Ghibli dans les oreilles, vous êtes tranquilles, au calme, personne ne vous emmerde… L’instant lecture peut commencer.

Vous plongez dans un Japon contemporain, suivez le personnage le plus random qui soit, Kaoru, lycéen sans histoire, oscillant entre fénéantise profonde et routine minutieuse. On s’y retrouve tous. Ce moment où le réveil sonne, où l’on se dit « encore quelques minutes », sans arriver à se rendormir. Puis on se met à observer les gens à l’arrêt de bus, dans le train, en se disant qu’on ne veut surtout pas être comme eux mais qu’avec la chance qu’on a, on sera pareil.

Puis vous arrivez à destination, où votre pote ou collègue vous attend. Vous traînez un peu avec lui avant de vous rendre en cours ou au boulot, vous discutez de choses sans intérêt. Et d’un coup, là, devant l’entrée du bâtiment, un pangolin sauvage apparaît – bon ok, j’arrête.

Le monde n’était pas encore confiné quand je me suis plongée dans la lecture du premier tome des Chroniques d’un Shinigami ordinaire, où son auteur, Rohan Lockhart nous conte les chamboulements intervenants dans la vie de Kaoru, un adolescent calme voire un peu blasé – du moins au début – qui n’a de souci que son quotidien de lycéen, la réussite de ses examens combinée à la relation qu’il entretient avec son meilleur ami, Shiro, ou encore ses parents divorcés.

Kaoru n’est pas difficile à vivre, Kaoru n’est pas la coqueluche du lycée, Kaoru n’est pas victime d’Hijime mais Kaoru voit un tanuki et il est vraisemblablement le seul.

Cette situation n’est pas sans rappeler certains personnages désormais phares de l’animation japonaise et la force de l’auteur selon moi est d’avoir écrit un roman qui se lit comme on lirait un manga, mais sans les images. Ichigo, Ashiya ou encore Natsuume nous ont habitué à suivre la vie ordinaire d’un gars qui n’a rien demandé à personne, mais se retrouve propulsé quasiment du jour au lendemain dans l’acceptation d’un nouveau monde et/ou de l’existence d’un univers parallèle ou conjoint. Kaoru prend son temps, néanmoins, continue de vivre sa vie sans accorder trop d’importance à ses visions incongrues, rejetant parfois la faute sur la fatigue.

Clairement, Kaoru est dans le déni, jusqu’au jour où …

 

Des yokai … Un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout ?

J’ai vu passer pas mal de commentaires sur ce livre, prônant que le titre était usurpé. En effet, le tome 1 s’intitule  « Chroniques d’un Shinigami ordinaire : Le Kitsune ». On s’attend donc à voir un fichu kitsune. Et on voit un kitsune. Le titre n’est pas si mensonger, le problème étant que les lecteurs s’attendaient à une véritable plongée au cœur du folklore japonais, or ce que je vois dans ce titre est en premier lieu « Chroniques d’un Shinigami ordinaire ». Je suis donc partie du principe que j’allais lire l’histoire d’un mec pas du tout qualifié pour devenir Shinigami, ou bien d’un Shinigami qui n’avait rien de spécifique ou d’exceptionnel selon les normes établies par la fonction. Et si vous ne savez pas ce qu’est un kitsune, on vous renvoie vers Naruto. Avec le confinement, vous avez même le temps de vous faire l’intégral des fillers. Côté Shinigami, littéralement « Dieu de la Mort », l’interprétation du « job » varie d’une histoire à l’autre. On vous laisse aller jeter un œil à Bleach, Kuroshitsuji (parce que chez eux, ils sont canons) ou encore Death Note.

Des yokais, donc, il y en a. Peut-être moins que ce à quoi on pourrait s’attendre, mais il s’agit là d’un premier tome, un volume d’introduction en quelque sorte à l’histoire de Kaoru. Rohan Lockhart pose les bases de l’environnement dédié à son oeuvre, les limites des relations entre ses personnages, et surtout nous fait voyager et trembler avec eux par la narration de situations du quotidien. Nous nous promenons avec Kaoru et Shiro dans les rues de Tokyo, nous humectons les lèvres à l’idée d’un bubble tea, et désirons aussi faire de la rando dans les montagnes nippones. Nous gravitons autour des divers personnages présentés, sourions dans les couloirs du lycée, déglutissons dans ceux de l’hôpital, prenons un bain de soleil et de zénitude dans les lieux qui s’y prêtent.

Enfin, nous apprenons à connaître les personnages, à les apprécier ou au contraire les déprécier (Kaoru me fait un peu l’effet d’Eren Jaëger, ce personnage juste insupportable qui accepte tout trop facilement alors que… Bah en fait, non, mec. Rebelle-toi un peu bon sang ! On se secoue les puces, allez. L’histoire va pas se faire toute seule ! Et encore, Eren a Levi pour relever le niveau). Si je n’ai pas trouvé Kaoru particulièrement attachant pour tout un tas de raisons, et le personnage de Mikio, lui, particulièrement agaçant, ressentir ce sentiment là est déjà une preuve que l’auteur est capable de rendre ses personnages suffisamment vivants pour faire éprouver au lecteur une émotion vive, quelle qu’elle soit. Et si, comme moi, vous n’accrochez pas avec le comportement ou la façon de penser, d’être tout simplement de Kaoru, alors vous verrez l’histoire sous un angle différent, tout aussi intéressant.

Jusqu’à la fin, il est nécessaire de garder en tête qu’il y a une suite à ce volume, car les incohérences relevées au fil de la lecture pourraient s’avérer nombreuses. Et on espère des réponses dans le tome suivant.

Du folklore au développement personnel

Le confinement ne change rien à votre vie habituelle, mais vous n’avez plus les moyens d’aller voir votre psy ou vos coachs « du bonheur » ? Prenez-moi ce bouquin et des biscuits. Ou des chips (sérieusement, il y a vraiment des gens qui n’aiment pas les biscuits ?).

Kaoru apprend dans ce premier volume des Chroniques d’un Shinigami Ordinaire, ce que la plupart des gens apprennent avec le confinement : Renouer avec sa famille, dans son cas, avec son père atteint d’un cancer. Passant de l’adolescent blasé au fils terrifié par l’affrontement d’une figure paternelle qui lui a toujours parue forte contre une maladie difficile à vaincre, Kaoru apprend à grandir au travers de cette épreuve, à redevenir un enfant, aussi, celui qui a besoin d’être rassuré. Les liens tissés avec ses proches sont quant à eux amenés à se renforcer ou se briser, jouant sur son moral et ses intentions de prendre au sérieux ou non la tâche qui lui est confiée, tout du moins imposée : Celle de devenir un Shinigami. Car cela s’apprend. Tiré au sort, destiné ou non, cette fonction amène avec elle son lot de responsabilités et de dangers. Devenir Shinigami s’apprend, se théorise et est sujet à un entraînement pratique sur lequel Kaoru doit se concentrer à tout prix.

Un roman placé sous le signe du Boy’s Love

HOP HOP, NE VOUS SAUVEZ PAS !

S’il vous plaît. On parle de « yaoi », pas de coronavirus, ça n’est pas contagieux promis (ou si peu) et de toute façon on en guérit (ou pas). Etant une grande fan de Rhys Ford, Kobo ne me propose plus que des romans dits Boy’s Love et Chroniques d’un Shinigami ordinaire semblait correspondre à ma « liste de lectures potentielles personnalisée susceptible de me plaire ». Je n’aurais pas parié cependant, si j’étais tombée sur ce roman dans un rayon ou dans une autre catégorie qu’il aurait été question de yaoïsme. Du moins, pas avant plusieurs, plusieurs, pluuuusieurs chapitres. Nan, en vrai, c’est moins pire certains shônens, hein (les fans d’Arslan Senki, Kuroko no Basuke, Kingdom & Co là, je vous vois). L’écriture est fluide, légère, concentrée sur le développement de l’histoire et des personnages, des contextes mis en œuvre pour amener l’intrigue et un certain suspense visant à donner au lecteur l’envie d’aller lire le second tome.

Si je devais donner une orientation à ce roman, ce serait un bon shônen-ai comme ça nous frustre, nous autres yaoïstes en herbe. L’accent est mis sur le sentimentalisme, l’amour naissant, les premiers émois, les doutes et la retenue, si bien que, dans un roman se situant au Japon, avec des personnages strictement japonais, il n’est pas malvenu de penser à une amitié réelle, sincère même si parfois ambiguë.

Quoiqu’il en soit, restez chez vous, lisez et surtout, surtout, mangez des biscuits. Si vous n’en n’avez pas, faites-les ça vous occupera, moi j’m’en vais lire le tome 2.

 

Synopsis :

"Il existe un monde caché aux yeux de tous."

Kaoru vit un quotidien des plus rangé. Entre sa dernière année de lycée, son amitié fusionnelle avec Shiro et ses petits problèmes de sommeil, tout se passe pour le mieux. Et ce Tanuki devant les grilles du lycée ? Une simple hallucination. Rien qui ne pourrait bouleverser sa petite vie tranquille. Enfin, ça, c'était avant que sa route ne croise celle d'un énigmatique étranger en kimono. Alors quand ce dernier lui annonce qu'il est un Shinigami, sa vie bascule. Un Dieu de la mort. Rien que ça.

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