Review

Grashros : Les Pierrafeu n'ont jamais été si badass

By Keitsuya
May 17, 2019 22:37

A l'époque de la préhistoire, la venue au monde d'un enfant par une nuit de lune rouge est synonyme de malédiction. C'est ainsi qu'Akû est perçu depuis sa naissance. Isolé du reste du village, victime préférée des autres enfants, le gamin a de quoi nous rappeler Naruto. Sauf que.

Petite série sympathique rencontrée au détour d'un achat compulsif dans le rayon bordélique de Décitre. Le manga Grashros, sorti en France sous le titre d'Akû le chasseur maudit, est un manga préhistorique de la collection seinen des éditions Pika. La série compte cinq tomes en tout, deux sont déjà sortis dans nos rayons et le tome 3 est attendu courant d'août.

Au scénario de cette histoire pleine d'action, quête de vengeance sanguinolente mais attractive, nous retrouvons Kaneshiro Muneyuki, auteur de Jagaaaaaan publié chez Kazé. Pour Grashros, Kaneshiro a choisi un illustrateur avec lequel il avait déjà travaillé sur plusieurs projets. Ainsi, le dessin a été confié à  Fujimura Akeji, avec qui Kaneshiro a partagé le succès de Jeux d'enfants, autre série de cinq tomes sortie chez Pika en 2014.

Une nouvelle collaboration qui s'avère être une petite perle pleine de surprises. Genre. Vraiment pleine de fichues surprises!

 

Un manga éreintant

Les deux premiers tomes (et notamment le premier) sont épuisants d'angoisses et de suspense. Les personnages d'entrée de jeu attachants ou détestables tirent sur la corde d'avidité du lecteur à vouloir découvrir la suite de l'histoire  tout en faisant naître à chaque page cette appréhension éreintante mêlée de certitudes qu'il va se passer une catastrophe.

Si on la voit venir de loin, elle reste néanmoins imprévisible dans sa forme et son intensité. L'action est d'emblée présente et le danger rôde. Et pour cause, l'homme évolue en petites communautés subvenant à leurs besoins avec plus ou moins d'organisation : Le rôle des hommes est de chasser et apporter la nourriture, celui des femmes est d'enfanter et assurer la pérennité du village.

Des rôles très primaires, réalistes de l'époque et qui fonctionnent. Nous retrouvons également les armes type qui envahissent aujourd'hui nos musées d'histoire et les peintures sur pierres tapissant les grottes.

A défaut de pleurer toutes les larmes de mon corps, ce manga m'aura suffisamment retournée pour que j'y pense en plein travail, m'interrogeant sur la problématique intervenant rapidement au cours du premier volume: Et si tu perdais tout du jour au lendemain, tu ferais quoi? Se laisser mourir ou vivre, la détermination n'est pas la seule chose à prendre en compte. Le quand on veut on peut n'est pas si simple à appliquer dans un univers où le danger est partout et où la magie est inexistante. Livré à lui-même, Akû apprend à quel point la vie est fragile et difficile, surtout lorsqu'il est confronté à la nouveauté.

 

Quand les traducteurs se lâchent (ou pas)

Si le titre est encore plutôt bien trouvé, il reste un doute planant depuis le tome deux. Et ce doute me donne envie de découvrir la version originale pour voir si l'étendue des dégâts est volontaire de la part des éditions françaises qui s'adonnent joyeusement aux jeux de mots loufoques ou bien une réelle volonté de l'auteur original. En effet, alors que certains noms, notamment les personnages principaux et charismatiques, ont des noms normaux issus du japonais tels que Akû, Shuri ou encore Kanji, les mecs random eux se retrouvent affublés de noms en rapport avec leurs comportements.

Ainsi, vous rencontrerez au détour d'une rivière M.Pétaincable, qu'il vaut mieux ne pas agacer ou Voulavébiendi qui... qui... Vous verrez. Il vous l'avait bien dit, t'façon. De quoi retomber en enfance avec les Monsieur Madame.

A défaut d'alléger le récit avec un peu d'humour, cela a au moins le mérite de blaser le lecteur suffisamment pour qu'il ne manque pas de défaillir les évènements suivants.

 

La question du langage

Point perturbant de ce manga : des mots japonais et anglais qui plopent de nulle part. La formule What's your name employée la première fois laisse penser à un marquage volontaire d'un choc culturel. Point intéressant qui nous pousse à imaginer que toutes les tribus préhistoriques ne pouvaient pas communiquer entre elles, chacune ayant leur langue et culture propre.

Or, cette formulation revient à plusieurs reprises sans qu'on sache pourquoi, alors que tout le monde a l'air de très bien se comprendre. De la même façon, lorsqu'Akû est victime de sa "malédiction" et passe en mode berserk, son langage change. Or, le shaman aussi appelé l'ancien, n'emploie jamais de langage particulier pour s'adresser aux esprits ou au soleil, déité véritable pour les habitants de cette époque. Espérons qu'on trouve une explication rationnelle dans les prochains volumes.

Si le rythme des premières pages est un peu bancal et qu'on ne voit pas vraiment où l'auteur veut en venir, l'élément perturbateur ne tarde pas à entrer en scène. A partir de là, tout s'enchaîne et le scénario de Grashros prend quelques tournures intéressantes, nous laissant sur un sentiment de "Roh putain on est dans la merde" en fin de tome. Une série à suivre, donc. Le troisième volume s'annonce d'ores et déjà musclé et bien que feignasse incontestée et incontestable en termes de lectures mangaesques, j'ai plutôt hâte de le découvrir!

 

Notation

Scénario ♥♥♥♡♡

Graphismes ♥♥♥♥♡

Personnages ♥♥♥♡♡

Respect des genres ♥♥♥♡♡

Synopsis :

30 000 ans avant notre ère, Dadâ, chasseur dominant dans sa tribu, attend son premier enfant. Mais une légende de son clan prédit qu’ « un enfant né sous la lune rouge apportera avec lui la destruction ». Or, la lune est rouge le soir de la naissance d’Akû, le fils de Dadâ ! Pour protéger son enfant, le chasseur doit sacrifier une dangereuse bête des plaines. Malgré sa réussite, Dadâ, gravement blessé, est mis au ban de sa tribu avec sa compagne et son fils. Des années plus tard, une créature monstrueuse, haute comme une montagne, décime toute la tribu à l’exception du jeune Akû. Chasseur maudit, Akû n’aura de cesse de traquer ce prédateur colossal, luttant pour sa survie dans une nature hostile à l’Homme.

Genre : Action, Drame, Préhistorique

  • Série en 5 tomes
  • Editions Pika
  • Seinen
  • Tome 3 prévu pour Août 2019
  • 8€20
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