La fin du manga papier?

Divers

À l'heure où de plus en plus d'éditeurs se tournent vers le numérique, on vous fait le point sur le pour et le contre du manga papier et du manga numérique. Cela reste mon avis, mais j'ai essayé de rester assez objective et de penser à tout type de personne.

 

Le manga papier

1. Lire un vrai livre

Pour beaucoup, lire un manga ou un livre en général ne se fait dignement que par la version papier. Moi-même, j'ai du mal à me détourner de ce format pour me tourner vers un écran, même pour les extraits gratuits. En effet, il suffit que votre connexion ne soit pas au top, que le site ait un souci, que votre écran soit trop petit et c'est parti pour une certaine galère à régler le zoom ou attendre que la page charge. Et c'est le même constat sur portable ou tablette. 

2. Collection

Un point non négligeable ici : voir son étagère remplie des 38 tomes de Berserk bien alignés est satisfaisant hein ? Ou simplement insérer le dernier tome de votre série préférée et se dire qu'on pourra tout se retaper sans problème est assez appréciable pour bon nombre de personne. Quelque chose que certains ne comprendront peut-être pas, mais que moi je perçois très bien.

3. Librairies et emploi

Qui n'aime pas aller dans sa librairie préférée faire ses petites courses de la semaine ou du mois, liste en main ? Un moment de discussion entre passionnés dans les petites structures, les grandes enseignes (Fnac, Cultura, Espace E.Leclerc) menaçaient déjà les libraires indépendants. Cependant, la concurrence est rude quand les grandes enseignes sont les seules à proposer des rabais, aussi minimes soient-ils, ou quand simplement notre petite ville perdue n'a pas le luxe d'accueillir des libraires d'indépendants. La fin du manga papier marquerait-il des pertes d'emplois et la disparition des librairies ?

Le manga numérique

1. Numérique

De nombreux éditeurs, français comme japonais, se tournent de plus en plus vers le numérique. En effet, les plateformes de lectures en lignes explosent et même les grands magazines comme le Shonen Jump ou le Shonen Magazine ont vu leurs ventes drastiquement chuter depuis les dernières années (atteignant à peine un tiers de leurs ventes comparé à 20 ans en arrière), au grand damne des petits mangakas qui comptent toujours sur eux pour tenter de se faire connaitre.

À priori idéal car dématérialisés, les ouvrages numériques n’impliquent aucune consommation de papier, aucun processus de fabrication industriel, aucun transport et ne génèrent ni stocks, ni retours. De plus, les librairies commencent déjà doucement à proposer de plus en plus d'e-book, qui en plus de paraître idéaux écologiquement, permettent des prix beaucoup plus bas, des rabais conséquents pendant les soldes ou encore de la simultrad (comme Pika avec Eden Zero, traduisant directement le chapitre sorti au Japon pour le proposer en version numérique peu de temps après). Les éditeurs profitent aussi du numérique pour proposer des extraits ou des premiers chapitres gratuitement pour inciter les lecteurs à s'engager dans une nouvelle série, bien que quelques uns le font également en version papier.

De plus, se faire publier sur les plateformes numériques, au Japon comme ailleurs, paraît bien plus aisé que de passer directement par un éditeur, comme ONE a pu le faire avec son célèbre One Punch Man. On peut aussi citer l'éditeur H2T qui a créé sa plateforme de publication numérique avec le www.weeklycomics.fr permettant de faire connaître des auteurs de tous horizons, et de prendre la température du public pour savoir ensuite si une sortie papier sera rentabilisée.

Enfin, le numérique est une bonne solution à qui peut republier d'anciennes séries sur ces plateformes, puisque nous savons que certains tomes de vieilles licences se vendent à prix d'or du à leur faible tirage papier.

2. Un gain de place

Moi-même j'ai déjà réfléchi à passer au numérique pour le gain de place. En effet, toujours en reprenant mon exemple de Berserk, cela se complique vite si vous êtes un fervent lecteur de One Piece et ses 85 tomes ou même Fairy Tail avec 62 tomes, ou encore Jojo et ses multiples saisons ! Pour nos séries préférées, nous devons toujours chercher à faire le plus de place possible, quitte à se débarrasser d'autres qui ne nous plaisent plus. Et cela soulève un autre problème : la flemme de les revendre, peu de boutiques reprenant les mangas d'occasion, et pas le coeur de les jeter, alors, qu'est-ce qu'on en fait ?

3. État

Suis-je la seule à rester dix minutes à inspecter la couverture de mon manga avant de l'acheter ? La moindre trace me fait crisser des dents au point de les ramener dans un sac avec papier bulle (prenez moi pour une maniaque, j'assume ! ). Et quand ils ne sont pas parfaits, la guerre pour les commander pour que finalement je me retrouve avec un truc corné par ces brutes de transporteurs et les enseignes qui ne prennent pas la peine de les protéger, ou encore la malchance de tomber sur le seul tome où l'encre a un peu bavé ou ayant carrément des problèmes d'impressions ! (Oui oui, je dois être maudite). Alors c'est vrai que le numérique me paraissait idéal pour ça : plus de guerre au bon état du tome, et plus de problème de flemme pour monter en ville chercher un tome que le magasin n'aura finalement pas malgré les stocks positifs sur internet (force aux campagnards).

4. Plus écologique ?

Fan de manga mais ayant la cause écologique à cœur, je me suis penchée un peu plus sur ce dilemme. J'ai ainsi pu découvrir que sur 14 éditeurs différents, seuls quatre affichaient clairement leurs engagements écologiques et Pika se démarquait de ses concurrents.

En effet, Pika est le seul éditeur à avoir un site entièrement dédié à son engagement écologique. Sur celui-ci, des définitions claires de papier recyclé et certifié, de leurs engagements contre l'empreinte carbonique produite pour imprimer leur manga et leur position quant au numérique. À noter que l'éditeur imprime ses mangas sur du papier à base de fibres certifiées. 

L'éditeur nous y indique aussi que, malgré le fait que beaucoup idéalisent les plateformes numériques, celles-ci ont de nombreux inconvénients : "Ce préjugé favorable se dissipe vite quand on fait le compte des émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication des lecteurs et des tablettes numériques, à leur rechargement quasi-quotidien par leurs utilisateurs, et au fonctionnement des serveurs hébergeant les contenus comme aux sociétés de télécommunication mettant les uns en rapport avec les autres."

Quant aux autres éditeurs, voici ce que j'ai trouvé :

  • H2T : papier à base de fibres certifiées
  • Glénat : papier provenant de forêts gérées de manière durable
  • Kurokawa : FSC* papier issu de sources responsables
  • Kana : PEFC**

Papier certifié : papier qui provient de forêts gérées durablement.
Papier recyclé: papier produit à partir de fibres de bois présentes dans d’autres papiers ou cartons

*FSC : Le Forest Stewardship Council est un label environnemental, dont le but est d'assurer que la production de bois ou d'un produit à base de bois respecte les procédures garantissant la gestion durable des forêts.
**PEFC : Le Programme de reconnaissance des certifications forestières, est une certification forestière privée qui promeut la gestion durable des forêts. PEFC est le premier système de certification forestière en termes de surfaces forestières certifiées et la première source de bois certifié au monde.

Mais la réponse de l'éditeur naissant Chatto Chatto a soulevé un autre point : en effet, d'après leur réponse, le coût du papier recyclé se répercuterait fatalement sur le prix des tomes. "Même si la question écologique est importante pour nous, nous ne pouvons pas nous permettre d'en faire payer le prix aux lecteurs qui ont souvent un budget restreint, d'où le fait d'utiliser du papier "normal" mais de qualité. L'utilisation d'un papier recyclé ou issue de forêt gérée de manière durable n'est pas une priorité, mais cela pourrait changer à l'avenir si nos tirages sont plus élevés."

Kazé n'a purement et simplement pas voulu communiquer sur le sujet.
Shiba Edition nous a répondu ceci : "Le papier est le même que pour Mob Psycho 100 (70gr - bouffant) qui est issu de source responsable FSC".

Quant à Meian, l'éditeur a accepté de nous répondre sur le sujet : "Nous sommes soucieux personnellement du sort de la planète. Mais stopper l’édition « papier » les conséquences seraient très graves pour la jeune et future génération déjà formatée à la technologie. Tout devient virtuel... et on n’ose pas imaginer un monde sans livres... On peut limiter les tirages, pour des séries/titres qui rencontrent moins de succès. Mais si tous les mangas deviennent lisibles sur tablette et smartphone, j’ai bien peur des conséquences. Déjà, pour obtenir l’autorisation d’une lecture dématérialisée avec droits numériques, cela nécessite un autre contrat avec les ayants droits. Dans l’acquisition d’une licence, un contrat exige une durée, 5 à 7 ans, reconduisible. Ensuite, l’éditeur doit faire un rapport trimestriel pour reverser des royalties aux ayants droits. Le taux est différent selon le titre et le producteur."

Il est également vrai que le manga papier peut être recyclé comme tout autre magazine ou feuille lambda, et donc connaître une seconde vie, contrairement aux liseuses qui une fois en fin de vie devront être aussi recyclées mais de façon bien plus difficiles, quand elles ne partent pas purement et simplement à la poubelle.

Le manga qui ne vous intéresse plus peut également changer de propriétaire, être revendu sur les plateformes d'occasion ou même être donné aux œuvres caritatives ou aux bibliothèques. En France, le numérique reste loin du marché du livre papier et ne le rattrapera peut-être jamais car 47% des français restent des "petits lecteurs" et la révolution numérique des ebook et liseuses n'a finalement jamais eu lieu. Cependant, une chose est certaine, l'industrie du manga et du livre papier en général a bien évolué, changeant ainsi ses méthodes de production pour se tourner vers des méthodes plus écologiques.

La solution la plus avantageuse que je verrais serait d'imprimer exclusivement sur du papier recyclé et de chercher d'abord nos mangas sur les sites d'occasion quand c'est possible, afin de leur donner une seconde vie, tout en évitant de les jeter purement et simplement à la poubelle quand ils ne vous intéressent plus. Et si le prix d'un manga peut être un peu plus élevé chez un éditeur comparé à un autre, pensez bien que cela peut être du au coût du papier recyclé, mais qu'ils font un geste pour la planète.

En outre, pour que tous les éditeurs de mangas (et livres en général) se mettent à utiliser du papier recyclé ou certifié, je pense que des aides devraient être mises en place pour aider les maisons d'éditions à se mettre au vert, surtout pour les toutes petites structures qui n'ont pas du tout le budget de se payer ce "luxe" qui ne devrait pas en être un.

Et vous, avez-vous d'autres idées de solutions ? Quel est votre avis sur la question ? Je vous lirai et répondrai avec plaisir ! :)

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