L'égalité des sexes au Japon, c'en est où?

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Alors que le Japon organisera le W20 de cette année en mars 2019 - une conférence dédiée aux femmes destinée à faire des suggestions au G20 - on aurait pu s’attendre à ce que le pays fasse preuve d’une très bonne conduite pour la nouvelle année. Oui, mais non. Quelques exemples qui prouvent à quel point l'égalité patauge sur l'Archipel où les jolies filles en 2D dominent les coeurs des Otaku :

 

Une idole s'excuse d'avoir été attaquée 

Maho Yamaguchi, membre du groupe NGT48 (sous groupe des AKB48), aurait été attaquée le 28 décembre dernier par deux hommes se trouvant juste devant son appartement (ah stalker-chan quand tu nous tiens). Cette dernière a signalé l'incident à son agence et à la police, ce qui a conduit à l'arrestation des auteurs, âgés de 25 ans. Cependant, ils ont rapidement été relâchés sans inculpation. La police aurait déclaré que les suspects "voulaient seulement parler à Yamaguchi et ne pensaient pas que ce serait une grosse affaire". Tout va bien, donc.

Le 8 janvier 2019, Yamaguchi a annoncé l'assaut en direct sur Twitter. Elle a ainsi expliqué : "Je voulais parler plus tôt mais la direction a dit qu'ils s'occuperaient de tout. J'ai donc attendu tout ce mois alors que j'étais effrayée… Cependant, aucun résultat n'a été obtenu. Les personnes qui ont commis cet acte pervers n'ont reçu aucune punition."

Le lendemain de cet aveu, Yamaguchi s'est produite avec NGT48 dans sa préfecture natale de Niigata, à l'ouest de Tokyo, pour un spectacle live. Elle s'est inclinée et excusée auprès du public pour son livestream.

Miki Nishino, une ancienne membre des AKB48, a immédiatement suivi cette nouvelle, révélant dans le talk-show Ogiya Hagi no Busu de Abema TV que de nombreuses idoles ont des problèmes de santé mentale, selon un article publié le 16 janvier dans Japan Today. Nishino a décrit les discussions en groupe où ses collègues postaient des messages fatigués, appelant de l'aide en réponse aux pressions immenses exercées pour plaire aux fans, gagner des votes lors du concours de popularité et suivre le calendrier chargé des idoles.

Yamaguchi Maho s'excuse en live de s'être fait agresser.

Et du côté de la famille impériale, ça donne quoi?

Dès le lendemain, la situation s'aggravait en matière d'égalité des sexes lorsque le Japan Times a rapporté la décision du gouvernement d'interdire aux femmes de la famille impériale d'assister à la cérémonie d'intronisation du prince héritier Naruhito qui se déroulera le 1er mai. Cette décision a été prise sur la base de la loi Imperial House, qui interdit aux femmes de monter sur le trône et les mineurs de participer aux cérémonies d’intronisation.

Cependant, le gouvernement autorisera les membres féminins du cabinet à y assister en tant qu'observateurs. Comme il n’y a qu’une femme membre du cabinet dans le gouvernement actuel de Shinzo Abe, à savoir la ministre régionale de la Revitalisation, Satsuki Katayama, cela signifie que comparé à la cérémonie d’intronisation de l’empereur Akihito en 1989, le taux de participation des femmes passera de zéro à un. On n'arrête pas le progrès.

Ca fait quand même beaucoup de princesses en colère, hein.

Egalité des sexes et  cible manquée

Pendant ce temps, une nouvelle publicité pour les grands magasins Seibu et Sogo fait son apparition dans les gares et les quartiers commerçants. Cette campagne se veut en faveur de l'égalité des sexes.

Japan Today explique dans un article paru le 12 janvier que cette publicité confuse montre une actrice déterminée, Sakura Ando, ​​qui avance tout en évitant les assiettes chargées de crème jetées dans sa direction. Tout en étant frappée au visage avec une de ces assiettes, elle affirme: «Cette année, finalement, les choses vont changer!». Le message visait à égaliser et à responsabiliser, mais pour de nombreux téléspectateurs, il a définitivement manqué à sa cible.

Quelques réactions parues dans les commentaires de ce fameux article :

"Cette annonce me met très mal à l'aise."

"C’est bizarre comme elle se tient là et la prend."

"Je suppose qu'ils voulaient un message profond, mais il ne m’a pas du tout atteint."

 

Fac, stats et filles faciles

Au milieu de tout cela, une étudiante universitaire, Kazuna Yamamoto, a lancé une pétition en ligne contre le magazine de tabloïd Spa! pour avoir publié un article classant les universités en fonction de la facilité avec laquelle leurs étudiantes couchent. La pétition appelle le magazine à s'excuser publiquement et à supprimer l'article sexiste. Au moment de sa publication, il comptait 52 613 signatures.

Bien que ces événements soient décevants, ils ne sont pas sans précédent. Selon un article publié par Asahi Shimbun le 18 décembre dernier, le Japon se classait au 110ème rang sur 149 pays pour l'égalité des sexes selon le Forum économique mondial. Les raisons de ce faible score? Au cours du deuxième semestre de l’année dernière, plusieurs universités de médecine et autres ont manipulé les résultats des tests afin de limiter les inscriptions féminines.

Dans le même article, Saadia Zahidi, directrice générale du Forum économique mondial, a déclaré à propos du Japon: "Cela est évidemment très contraire à ce qui devrait se passer."

Que faire en faveur de l'égalité homme-femme au Japon ?

Le prochain W20 offre au gouvernement japonais une chance de s’attaquer à ces problèmes sur la scène internationale et de lancer des idées de mesures pouvant être proposées au Sommet du G20 à Osaka cet été. Reste à savoir si ces mots peuvent être mis en action.

Une des campagnes intéressantes issues du W20 est la «Semaine brillante», au cours de laquelle des citoyens japonais et non japonais peuvent trouver un soutien pour organiser leurs propres événements qui permettent de générer des politiques à proposer au G20. Si vous envisagez d’organiser une table ronde, un séminaire, un film, une performance, un événement culturel ou quelque chose d’autre pour soutenir l’égalité des sexes, vous pouvez enregistrer votre événement (en anglais) auprès du Ministère des affaires étrangères.

On est loiiiiiiin des personnages badass (grosses poitrines, planches à pain et lolis) qui mènent nos héros shônen par le bout du nez, hein?

Source : Japan Today, The Japan Times

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